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       Comme un rosier ...

Comme un rosier devant les ceps de vigne


Nous pourrions porter dans notre méditation durant les mois qui viennent trois petits mots : QUOI ? POURQUOI ? COMMENT ? Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu le fais ? Comment tu le fais ?

Les deux premiers mots représentent les questions les plus communément posées aux religieuses par la société actuelle : vous faites quoi ? et pourquoi vous le faites ? La réponse dit une certaine visibilité de notre engagement : nous prêtons à Dieu nos mains, nos pieds, nos oreilles, notre bouche … pour répondre à l’appel à suivre Jésus. Cette réponse est belle mais elle ne nous est pas spécifique. Des laïcs pourraient répondre de la même façon et nous ne sommes pas « meilleurs » disciples qu’eux. Les Chrétiens associés en sont une preuve magnifique au milieu de nous.

Alors, quelle spécificité ? A quoi tient notre identité de femmes consacrées ? La crise des vocations met le doigt sur cette question sensible. Pourquoi une jeune femme devrait-elle devenir religieuse pour accomplir une tâche qu’elle peut parfaitement réaliser comme laïque, au nom de son amour pour le Christ ?

Le secret de la vie religieuse se trouve précisément dans la « force d’un comment  »1. C’est notre manière de suivre Jésus qui donne sens à notre vie religieuse apostolique. L’expérience mystique d’une relation intime avec le Christ nous pousse à prononcer des vœux qui nous rendent disponibles pour l’autre et pour Dieu. Parce que nous croyons qu’il est possible de tisser des relations fraternelles malgré les différences, nous choisissons de vivre en communauté. Enfin, nous recevons comme mission de révéler un certain visage de Dieu ; pour nous, il s’agit de la tendresse et de la miséricorde. C’est ce qu’on appelle le Charisme. Les voeux, la vie fraternelle et le charisme fondateur disent notre comment.

Vue ainsi, la définition de la vie religieuse n’est plus fonctionnelle (ce que nous faisons et pourquoi) mais existentielle (comment nous vivons). Notre manière de vivre dit quelque chose du mystère de la vie et du mystère de Dieu.

Marie-Laure Durand a recours, à ce propos, à une belle image venue de la nature.2. On trouve parfois des pieds de rosiers au bout des allées de ceps dans les vignes. Les rosiers ne sont pas là pour la décoration mais pour vérifier que la vigne n’est pas malade.

Le rosier étant plus sensible au mildiou, il est touché en premier, ce qui permet au vigneron de soigner à temps sa vigne. Les religieuses sont un peu comme ces rosiers : elles ne sont pas là pour faire joli. Leur style de vie sobre qui ne s’appuie ni sur les biens matériels, ni sur les liens familiaux, ni sur la volonté propre, les rend vulnérables d’une certaine façon. Et elles choisissent librement d’assumer cette vulnérabilité. Finalement, elles rappellent la fragilité fondamentale de toute existence comme le rosier au bout de la vigne. Et que l’essentiel est ailleurs. Leur vocation, c’est de prendre soin de leurs frères et soeurs en humanité et de donner leur vie pour eux, comme le rosier devant les plants de vigne, en offrant leur beauté en toute gratuité, pour la seule gloire de Dieu.

Quoi ? Aimer. Pourquoi ? En réponse à l’Amour de Dieu. Comment ? En aimant la personne la plus proche. Et tenir sa juste place, comme un rosier devant les ceps de vigne.


Sr Anne Chapell


1. Márian AMBROSIO, Tisser la solidarité pour la vie – Conférence à l’UISG, 11 mai 2016 Rome http://www.internationalunionsuperi...
2. Marie-Laure DURAND, Dix idées bizarres sur la vie religieuse (Médiaspaul, Paris 2015) pp. 26-27



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